Tablette ou sédatif avant l’anesthésie : ce que dit la recherche pour votre enfant

Une tablette peut calmer un enfant avant l’anesthésie à peu près aussi bien qu’une faible dose de midazolam, le sédatif le plus utilisé : c’est ce qu’a observé une étude lyonnaise sur des enfants de 4 à 10 ans, avec un taux d’échec inférieur à 10 % dans les deux groupes. C’est une piste sérieuse, pas une autorisation de se passer du sédatif. Ce choix appartient à l’équipe d’anesthésie, qui connaît votre enfant, son état de santé et les pratiques du service. Ce que vous pouvez faire, en revanche, c’est poser la question en amont.

L’étude des Hospices Civils de Lyon

L’étude a été menée à Bron par le Pr Dominique Chassard et le Dr Mathilde de Queiroz Siqueira, puis présentée au Congrès mondial d’anesthésiologie de Hong Kong en août 2016. Elle a porté sur 112 enfants âgés de 4 à 10 ans, répartis en deux groupes : les uns recevaient une faible dose de midazolam, les autres jouaient sur tablette pendant 20 minutes avant l’opération. Au menu : des jeux d’animaux, des puzzles, Angry Birds.

Résultat principal : l’anxiété a été réduite de façon comparable dans les deux groupes, et l’échec de la tablette, inférieur à 10 %, était identique à celui du sédatif. Le Dr Chassard ajoute que la qualité de l’induction (le moment où l’enfant s’endort) et la satisfaction des parents ont été jugées meilleures dans le groupe tablette, et que les infirmières ont trouvé que l’anesthésie s’était mieux passée. Ces dernières appréciations sont subjectives, rapportées par les auteurs : à lire comme un signal encourageant, pas comme une mesure chiffrée.

Une précision de lecture : selon la source, les groupes sont décrits avec 60 enfants sous tablette et 55 sous midazolam, ce qui fait 115 et non 112. Je m’en tiens donc à l’ordre de grandeur, une grosse centaine d’enfants, sans trancher entre les deux chiffres.

Une tendance qui ne repose pas sur une seule étude

Une revue systématique de 34 études sur l’anxiété avant l’opération chez l’enfant (dont 29 essais contrôlés randomisés, 12 portant sur des tablettes ou appareils portatifs) va dans le même sens : 25 études, soit environ 74 %, rapportent une anxiété significativement plus basse avec une distraction technologique. Les références exactes de cette revue ne figurent pas dans les données dont je dispose, donc je ne peux pas vous la citer plus précisément.

Un essai comparant tablette et midazolam par voie orale a aussi été enregistré à l’Hôpital d’enfants Béchir-Hamza, en Tunisie, et complété en mai 2019. Je n’ai pas ses résultats détaillés ici : il confirme surtout que la question est étudiée ailleurs qu’à Lyon.

Ce qui change l’effet de la tablette

Dans la revue, l’effet est le plus net quand la tablette est proposée dans les 5 minutes avant l’induction, ou avant la séparation d’avec les parents. Autrement dit, elle sert surtout à occuper l’enfant au moment où l’angoisse monte : un jeu découvert la veille ou en salle d’attente, longtemps avant, aura probablement moins d’impact. Côté contenu, l’étude lyonnaise a utilisé des jeux et des puzzles, des activités qui captent l’attention plutôt que des vidéos qu’on regarde passivement.

L’âge compte aussi. Les résultats principaux concernent les 4 à 10 ans. Une étude plus petite sur des enfants de 3 à 6 ans en chirurgie programmée a mesuré une anxiété moindre sous tablette (55,7 contre 65,8 sur l’échelle mYPAS), mais cette étude est secondaire et je n’en connais pas tous les détails.

Pourquoi on cherche des alternatives au sédatif

Le midazolam est efficace et très utilisé, mais il peut avoir des effets indésirables : maux de tête, insomnie, hallucinations, agitation, colère, agressivité. Les enfants et les personnes âgées y sont plus exposés, et les enfants nécessitent en général des doses plus élevées que les adultes. Ce sont des effets possibles, dont je n’ai pas la fréquence : la plupart des enfants ne les présentent pas. Si l’on cherche des options, c’est pour ménager un moment déjà éprouvant, pas parce que le sédatif serait dangereux en soi.

Ce que ces résultats ne permettent pas de conclure

  • L’étude de référence a été présentée en congrès, et je n’en connais qu’une de cette ampleur dans les données disponibles.
  • Elle porte sur des enfants de 4 à 10 ans : rien ne permet d’étendre automatiquement le résultat à un enfant plus petit ou plus grand.
  • Un taux d’échec inférieur à 10 % n’est pas nul : certains enfants ne se calment pas avec la tablette.
  • Un enfant très anxieux, ou une situation médicale particulière, peut conduire l’anesthésiste à juger le sédatif nécessaire.
  • Rien n’indique que tous les établissements proposent la tablette : cela dépend du service et de l’équipe.

Que faire concrètement avant l’opération

Ne décidez pas seul : ni de refuser le sédatif, ni d’arriver en comptant sur la tablette. Parlez-en à l’équipe d’anesthésie avant le jour J, par exemple lors de la consultation préanesthésique. Quelques questions utiles à poser :

  • Le service propose-t-il une tablette ou un jeu pour la préparation, à la place ou en plus du sédatif ?
  • Si oui, fournit-il l’appareil, ou peut-on apporter celui de notre enfant ?
  • À quel moment la tablette est-elle remise : avant la séparation, jusqu’à l’induction ?
  • Un parent peut-il accompagner l’enfant plus longtemps avec la tablette ?
  • Que se passe-t-il si l’enfant reste très anxieux malgré le jeu : un sédatif est-il prévu en recours ?
  • Y a-t-il des raisons médicales, propres à notre enfant, de préférer l’un ou l’autre ?

Pensez aussi à ce que votre enfant aura sous la main : un jeu qu’il connaît déjà et qui l’absorbe vraiment vaut mieux qu’une nouveauté. Si vous vous interrogez sur la place des écrans plus largement, ce que dit la science sur les écrans et les enfants aide à garder du recul : ici, il s’agit d’un usage ponctuel et encadré, pas d’une habitude du quotidien.

Enfin, la veille de l’opération, un coucher qui se passe bien aide un enfant à aborder la journée avec moins de tension : poser un cadre clair pour l’heure du coucher peut y contribuer.