Votre enfant dit « je suis nul » dès qu’un devoir se complique, ou il se compare aux autres sans jamais se trouver à son avantage. Vous cherchez une activité à faire à la maison, avec une feuille et des crayons, pour l’aider à voir ce qui marche chez lui. Le blason répond à ce besoin : l’enfant se présente à travers ce qu’il aime, ce qu’il sait faire, ce qu’il est et ce qui l’entoure, en le dessinant ou en l’écrivant.
Pourquoi s’en occuper dès l’école primaire
L’estime de soi ne s’effondre pas à l’adolescence sans prévenir. Une étude menée sur des écoliers parisiens, publiée dans le Bulletin de Psychologie en 2010, relève une diminution significative de l’estime de soi entre le CE1 et le CM1. Les données du panel DEPP de 2011 vont dans le même sens et montrent un écart entre filles et garçons : en fin de primaire, 62 % des garçons se disent très contents d’eux-mêmes contre 57 % des filles, soit une chute de 18 points pour ces dernières depuis le CP.
Ces chiffres sont anciens et propres au contexte français, à lire comme des repères plutôt que comme un état actuel. Ils disent surtout que l’école primaire est un moment où la confiance en soi peut se fragiliser, et donc où une activité régulière peut avoir sa place.
Deux versions du blason : laquelle choisir
Il existe plusieurs variantes de l’exercice. Deux sont bien décrites, et votre choix dépend surtout de l’enfant.
La version à quatre axes
Elle est proposée dans une version scolaire intitulée « Blason de la conscience de soi » (ScholaVie). L’enfant remplit quatre cases :
- J’aime : ses activités et ses goûts ;
- Je sais : ce qu’il sait faire, ses compétences ;
- Je suis : ses forces de caractère ;
- J’ai : les personnes et les ressources qui le soutiennent.
Comptez 15 à 25 minutes. Cette version reste centrée sur les ressources et les soutiens : elle convient pour un premier essai, pour un enfant réservé, ou si vous voulez une séance courte.
La version à six éléments
Elle vient du Petit livre de l’estime de soi de Mariette Strub-Delain. Elle demande une devise, trois qualités, trois défauts à transformer, deux souhaits, deux peurs et un objet symbolique. C’est plus introspectif : l’enfant doit nommer ce qui lui pose problème et ce qui l’inquiète. Elle s’adresse plutôt à un enfant déjà à l’aise pour parler de lui, ou à une deuxième séance, une fois la première version passée. Je n’ai pas de durée fiable à vous donner pour celle-ci : cela dépend de l’enfant et de la place que vous laissez à la discussion.
L’âge de l’enfant
Les repères disponibles concernent l’école primaire. Le projet Melarete (Université de Vérone), qui utilise le blason dans un programme éducatif et de recherche sur les compétences éthiques, cible des enfants de 9 à 11 ans. En dehors de cette tranche, l’exercice se fait aussi, mais il faut l’adapter, et rien ne permet de promettre un effet.
Le déroulé à la maison, étape par étape
Il ne faut aucun matériel spécialisé : une feuille, des crayons ou feutres, et un moment sans écran ni pression horaire.
- Préparer la feuille. Dessinez un grand bouclier ou un simple rectangle, divisé en quatre cases pour la version courte (une par axe) ou en autant de zones que d’éléments pour la version à six. Écrivez les intitulés en haut de chaque case.
- Choisir le moment. Un après-midi calme ou un dimanche pluvieux fonctionne mieux qu’un soir de semaine fatigué. Fixez-le à l’avance avec votre enfant plutôt que de le lui imposer au milieu d’autre chose.
- Laisser l’enfant remplir. C’est lui qui décide de ce qu’il met dans chaque case, par un mot, un dessin ou un symbole. S’il est à l’aise à l’écrit ou au dessin, il remplit seul ; sinon, il vous dicte et vous écrivez à sa place, sans reformuler ses mots.
- Relire ensemble. Une fois le blason fini, parcourez-le case par case. L’objectif n’est pas de noter le résultat mais de laisser l’enfant le commenter.
- Garder le blason visible. Affichez-le dans sa chambre ou sur le frigo. Il peut être complété plus tard : une case laissée vide aujourd’hui peut se remplir dans quelques semaines.
Pour vérifier que la séance s’est bien passée, regardez moins le dessin que la façon dont votre enfant en parle : s’il y revient de lui-même, ajoute un élément ou le montre à quelqu’un, l’exercice a pris. S’il l’a rempli en traînant les pieds, ce n’est pas un échec, c’est une information sur le moment ou sur la version choisie.
Votre rôle pendant l’exercice
La posture de l’adulte compte plus que la qualité du dessin. Écoutez, reformulez ce que l’enfant dit (« Tu aimes quand tu construis des cabanes avec ton frère »), et soulignez les ressources que vous voyez dans ses réponses. Évitez de corriger, de compléter à sa place ou de juger : si votre enfant écrit « je sais faire des blagues » et pas « je sais faire mes devoirs », ce sont ses cases, pas les vôtres. Il y a une tentation naturelle de rectifier (« mais si, tu es très bon en maths ») ; elle coupe souvent la parole au moment où il commençait à se dire quelque chose.
Si vous avez déjà du mal à ne pas intervenir dans les moments d’échange en famille, l’idée du temps d’échange en famille repose sur une écoute du même genre, sans sanction ni conseil immédiat. Et si vous craignez de ne pas être « le bon parent » pour cet exercice, rappelez-vous que le parent parfait n’existe pas : une écoute imparfaite vaut mieux que pas d’écoute.
Cas particuliers à anticiper
Un enfant très inhibé, ou peu à l’aise pour parler de lui, risque de bloquer devant les rubriques « défauts » et « peurs » de la version à six éléments. Commencez alors par les axes positifs (ce que j’aime, ce que je sais), et ne forcez rien : une case vide est acceptable. Vous pouvez aussi vous inspirer d’outils qui aident à ouvrir la conversation, comme les cartes de psychologie positive en famille.
Le blason est un outil d’accompagnement, pas un traitement. Si les difficultés d’estime de soi sont marquées ou durent, un professionnel de l’enfance (médecin, psychologue, équipe de la PMI ou du centre médico-psychologique) est le bon interlocuteur ; l’exercice ne remplace pas cet avis.
Ce qu’on peut en attendre, honnêtement
Les preuves chiffrées ne portent pas sur le blason seul. Elles concernent les programmes de compétences psychosociales (CPS), dont le blason fait partie. Selon le ministère de l’Éducation nationale, au moins quatre méta-analyses, portant sur plus de 700 000 élèves, montrent des bénéfices de ces interventions, avec un impact accru chez les élèves les plus éloignés de la culture scolaire. Rien n’indique qu’un blason fait un soir à la maison produise ces effets : vous n’avez pas de résultat garanti à espérer, ni de chiffre à vous fixer.
Ce qu’on peut raisonnablement attendre est plus modeste : un moment d’attention exclusive, une occasion pour votre enfant de formuler ce qu’il aime et ce qu’il sait faire, et un support auquel vous pourrez revenir. Le projet Melarete, de son côté, n’a pas de résultats d’efficacité communiqués dans les sources dont je dispose.
Si votre enfant est à l’école élémentaire, il a peut-être déjà croisé ce type d’activité : les cours d’empathie sont généralisés dans les écoles maternelles et élémentaires depuis la rentrée 2024. Demander à l’enseignant ce qui a été fait en classe vous permet de prolonger à la maison sans refaire la même chose.
Pour passer à l’action, choisissez une version (quatre axes pour commencer), un jour, et une feuille. Le reste se joue pendant la séance, dans votre façon d’écouter.